Dunkerque dans les guerres (2e partie)
Le 20/04/2021 à 10h35 par Corinne Helin
Résumé

Ce billet a été rédigé par Christian Pfister-Langanay, maître de conférence HDR en histoire moderne. Il est consacré à la ville de Dunkerque pendant les guerres des XIXe et XXe siècle et sera publié en deux parties.

Plusieurs ouvrages consacrés à Dunkerque sont référencés dans la bibliothèque NordNum. Ce billet est une présentation de certaines de ces ressources numériques.

 

4. Dunkerque pendant la guerre 1914-1918, par Albert Chatelle

 

Quand cet ouvrage paraît, l’auteur est déjà bien connu du grand public cultivé de l’époque. Albert Chatelle (1885-1973) est un homme du Nord, fils d’un conseiller municipal de Dunkerque, finissant ses jours à Boulogne-sur-Mer où il est affecté pendant la Première Guerre mondiale. En 1918, il dirige un groupe d’évacuation (des civils) sur le front entre Hazebrouck et Boulogne-sur-Mer. Il est à la fois en contact avec l’État-major français et le maréchal Foch ainsi que toutes les autorités municipales concernées. C’est probablement à cause de cette interface qui fait rencontrer les sphères militaire et civile qu’il entreprend dès la paix revenue de publier une série de livres consacrés à l’histoire d’une ville pendant le Première guerre mondiale. C’est tout d’abord Boulogne-sur-Mer en 1920, Calais en 1927 et Amiens en 1929. Dunkerque est sorti en 1925 et peut être considéré comme le meilleur de la série.

Il est même exceptionnel par plusieurs aspects : son format 33 cm de haut, 24 cm de large, la qualité du papier et de l’impression, enfin la richesse de son iconographie : 390 photographies pour 247 pages sans compter les 23 cartes qui permettent d’emblée de situer les événements, d’autant que la ville décrite a totalement disparue en 1940. Il y a incontestablement un souci pédagogique, version Larousse ou Flammarion, un souci de mémoire évident : la liste de tous les Dunkerquois morts pour la France, une chronologie de tous les bombardements et leur bilan, deux cartes avec tous les points de chute des bombes et des obus.

Le contenu est classique mais d’une grande diversité du fait qu’il y a trois fronts : le terrestre à 40 km de la ville, bombardé par des pièces à longue portée, le maritime avec les mines, les torpilles et les torpilleurs ennemis depuis Ostende, l’aérien par les zeppelins et les bombardiers.

Cela n’empêche pas Dunkerque de devenir un immense atelier pour l’arrière du front, livrant tous les cargos encore en chantier. L’auteur insiste bien sur la guerre sur mer, c’est le seul endroit où les marins français affrontent tous les jours l’ennemi.

 

 

La grande force du livre réside dans la part faite à la société civile : la ville conserve toute sa population et développe ses activités alors qu’Arras et Reims deviennent des champs de ruine. Étant intime du maire Henri Terquem et du député J.-B. Trystram, il a pu, en pleine guerre, voir et comprendre les énormes difficultés que le pouvoir civil affronte vis-à-vis du militaire, aspect des choses complètement occulté dans les années 20. Il a eu accès aux archives très sensibles : on retrouve dans ses archives conservées à la bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer, une copie de tous les rapports du commissariat de police de 1914 à 1916 par exemple. Par ce biais, il n’est pas étonnant que Dunkerque soit devenu une sorte de laboratoire pour les autorités nationales sur tous les aspects de la vie urbaine d’alors : la défense passive y est née, 41 abris en mars 1918, 65 en août, évacuation des civils (en reste 10000 sur 35000 toujours en août 1918). Ce sont tous ces éléments qui font comprendre pourquoi le premier cuirassé de la nouvelle flotte est baptisé Dunkerque, un résumé de la ténacité et du courage du pays.

 

 

Revenons à l’auteur, il intègre le Musée de la Marine en 1931 et le Service historique de la Marine. C’est à ce double titre qu’il retourne à Dunkerque en 1939 et participe au rembarquement de 1940. Évoluant depuis longtemps dans un milieu conservateur et travaillant au sein d’une Marine Nationale vivant en autarcie, il n’a aucun mal à devenir pétainiste et d’en être un actif protagoniste. Après 1945, il poursuit sa carrière d’historien toujours spécialisé dans les villes pendant la guerre de 14-18 avec Le Havre en 1949 et Reims en 1951 dans la même série inaugurée en 1920. Il passe ensuite à l’histoire de Dunkerque, une nouvelle fois avec deux ouvrages consacrés à la bataille de 1940 et au siège de 1944-45 dont l’accueil restera mitigé d’une part parce qu’ils sont écrits par un notable pour des notables et qu’en 1949 son passé de collaborationniste est loin d’être oublié.

 

 

5. Le drame de Dunkerque (mai-juin 1940), par le général J. Armengaud

 

En premier lieu, il faut noter que c’est l’un des tout premiers ouvrages consacrés à la bataille de Dunkerque, trois ans après la fin de la guerre. Ouvrage grand public, du moins public averti, paru chez Plon, obtenant un prix de l’Académie Française en 1949. Nous sommes en présence d’une somme où, par le menu, nous sont détaillés l’ensemble des dispositifs de défense successifs qui se sont mis en place autour de Dunkerque. Il ne manque aucun régiment, aucune brigade, aucun bataillon. Pour bien faire comprendre la situation si fluctuante de ces jours invraisemblables de mai-juin 40, l’auteur adjoint au commentaire 44 cartes d’opération. Jusqu’à présent, aucune autre publication n’a fait mieux et donne un air un peu vieillot, un peu guerre des tranchées 14-18 à un travail qui raconte la première guerre-éclair de l’histoire après celle de la Pologne. La biographie de l’auteur (1894-1980) l’explique : ce général de brigade fait partie de l’armée de Vichy en 40-42 puis chargé de sa liquidation en métropole et devient chef du service historique des armées d’avril 1943 à mai 1944. Il a donc la charge, le temps, voir le loisir de réunir l’ensemble de tous les rapports d’unité qui ont participé à ces trois semaines qui provoquent l’effondrement du pays.

 

 

Ce livre est donc une synthèse très poussée des combats de la poche mais uniquement du côté français puisqu’en 1948, les témoignages anglais et allemands sont encore, pour de longues années, confidentiels. Nous ne possédons pas réellement un état des forces en présence, pas même, des Français car beaucoup d’unités ne se battent qu’avec une partie de leurs matériels. Plus grave est le silence sur les faillites du commandement, et l’effet de sidération que l’attaque allemande a provoqué.

 

 

La conclusion est des plus restreintes, deux pages sur les Anglais, pas un mot sur de Gaulle. Le livre vient à propos, répond visiblement à une attente, mais à l’image de l’état-major français de 1940, il est paradoxalement, rédigé dans une optique de guerre de position qui n’existe plus. Opportunément arrêté par les Allemands du 5 mars au 29 mai 1944, l’auteur est mis en retraite en 1946.

 

 

Bibliographie :

 

- ARMENGAUD Jean (général). Le drame de Dunkerque : mai-juin 1940. Paris : Plon, 1948, IV-377 p.

- BOUCHET Émile, DURIAU Gustave, L'année terrible à Dunkerque, 1870-1871. Dunkerque : Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts, 1905, 535 p.
- CHATELLE Albert. Dunkerque pendant la guerre 1914-1918. Paris : A. Quillet, 1925, 247 p.-[4] f. de pl.

- LEVI Camille, Hondschoote et le siège de Dunkerque. Dunkerque : Imp. du "Nord Maritime", 1932, 314 p.

- SOCIÉTÉ DUNKERQUOISE POUR L'ENCOURAGEMENT DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES ARTS. Le siège de Dunkerque (1793) : documents officiels inédits. Dunkerque : Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts, 1893, XXIII-247 p.

 

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