POLONICA : collections polonaises de l’Université de Lille. Le reflet de la présence polonaise dans les Hauts-de-France (1919 - 2019)
Le 09/01/2019 à 18h47 par Alice Genas
Résumé

Découvrez sur NordNum des documents uniques, témoignage de la présence polonaise dans les Hauts-de-France depuis 100 ans. Nous remercions Maryla Laurent pour la rédaction de ce billet.

Ni l’épée ni le bouclier, mais les chefs-d’œuvre sont les armes d’une culture
Cyprian Kamil NORWID


Pour que toute fin soit une ouverture…

 

     La Chaire de Polonais des Sciences Humaines et Sociales de Lille a vu se constituer depuis sa création en 1929, un fonds d'ouvrages consacrés à la littérature et à l'histoire polonaises de 21 700 monographies au catalogue actuel. A cela viennent s’ajouter 118 mètres linéaires de périodiques traités, et il reste 660 boîtes à répertorier au moment où nous écrivons


    Désormais, les monographies sont toutes accessibles via le catalogue de la Bibliothèque universitaire sciences humaines et sociales, ou via le catalogue Sudoc (catalogue national des bibliothèques de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche). Les périodiques le seront dans quelques mois. Enfin, et ceci est d’une importance majeure, une numérisation est en cours des documents rares que ce soient des livres, des revues ou des documents d’archives. L’exposition et l’ouvrage qui la présente annoncent une convention entre l’Université de Lille, l’Université de Varsovie et la Bibliothèque nationale de France qui permettra à tout lecteur, serait-il à l’autre bout du monde, d’accéder via l’une de ces trois institutions à la consultation en ligne, à la lecture exhaustive s’il le souhaite des fonds polonais de l’Université de Lille numérisés. Il suffira de se rendre sur la bibliothèque numérique NordNum, mais également par la BNF ou le site de l’Université de Varsovie polonais.
   

MARTEL, Antoine. La langue polonaise dans les pays ruthènes :

Ukraine et Russie Blanche, 1569-1667. Lille : [s.n.], 1938.

 

    En 2018, ces fonds polonais de l’Université de Lille ont obtenu la labellisation nationale «CollEx». Un faisceau de circonstances, un nombre important d’acteurs contribuèrent à ce que ces Polonica dans les Hauts-de-France soient reconnus sur le plan national comme un fonds d’excellence.
À la suite de la Première Guerre mondiale, de la renaissance étatique de l’Etat polonais, des accords signés entre les pays alliés que sont la France et la Pologne favorisèrent l’essor des houillères et de l’industrie françaises par l’arrivée d’une immigration ouvrière polonaise qui compensa les pertes en main d’œuvre autochtone. Près de 300 000 travailleurs polonais arrivèrent entre 1919 et 1926, principalement dans le Nord-Pas-de-Calais selon les résultats du recensement général de la population. Ils furent suivis de nombreux autres jusqu’en 1936. Tous signaient au départ un contrat de travail de durée limitée, mais une part importante d’entre eux se sédentarisa au fil des ans. L’une des raisons de leur choix de la France fut qu’ils y voyaient une possibilité de s’instruire pour leurs enfants. Cette population spécifique marqua à divers titres les Hauts-de-France par sa présence qui aura bientôt un siècle.

 


     Zolnierz polski we Francji (mensuel). Lille : [s.n.], 1939.

    

      Une autre conséquence tant de la fin de la Grande Guerre que de la renaissance de l’Etat polonais fut la création d’un enseignement de polonais à la faculté de Lille. Les Polonais dispersés dans le monde entier et venus combattre aux côtés de la France cherchèrent tant à s’instruire qu’à procurer aux Études polonaises lilloises naissantes des ouvrages, des textes, des peintures, des manuscrits…
     En cette année 2019, l’enseignement de la langue, la littérature et l’histoire polonaises à Lille entre dans sa quatre-vingt-dixième année. Les fonds polonais de la Bibliothèque de l’Université de Lille sont plus anciens encore. Ils rappellent telles des strates géologiques, la très longue page d’histoire commune entre les Polonais et la France. Et quand arriva Le Grand Flux à la suite de la Convention du 3 septembre 1919, les collections s’enrichirent d’année en année. Les immigrés étaient avides de livres comme il nous est aujourd’hui difficile de l’imaginer. Certains arrivaient en France avec un ouvrage dans leurs précieux bagages. La plupart cherchaient à en acquérir d’autant que lire en langue polonaise équivalait pour beaucoup au maintien affectif avec leur pays d’origine.  

 

Les Amis de la Pologne. Paris : [s.n.], 1921-1940.


     Un siècle après leur arrivée, leurs descendants ne lisent généralement plus le polonais dans le texte. Depuis une vingtaine d’années, les Études polonaises reçoivent en don un héritage familial devenu illisible pour la famille, mais respecté et donc que l’on ne jette pas. Il nous est aujourd’hui impossible de dresser la liste nominative des donateurs, mai qu’ils soient ici chaleureusement remerciés. Ils sont à l’origine non seulement de l’existence de cette très riche bibliothèque, mais aussi d’une approche historique et sociologique des primo-immigrants. Les archives familiales - cartes postales, cartes de membres d'associations, papiers d'identités, photographies permettent de faire sortir de l’ombre l’existence d’un de leurs ancêtres et, à travers lui, de reconstituer les valeurs et les motivations d’une part importante des habitants du Nord de la France. Ainsi, les livres des comptes rendus de réunions associatives locales, déposés lors de l’extinction de ces dernières, apportent maints témoignages sur cette soif particulière, ce besoin d’accéder à un univers culturel qui n’est pas spontanément associé au monde ouvrier. Les récentes recherches de Monika Salmon-Siama mettent en lumière l’activité inouïe des femmes dites « mère au foyer » et de leurs époux « mineurs de fond » dans le domaine artistique, théâtral, historique, sportif, etc.


     L’exposition et son catalogue - dédiés au Professeur Daniel Beauvois qui contribua de façon remarquée à la recherche historique dans le domaine polonais - présentent les pièces rares de ces Polonica des fonds universitaires lillois.

 

Maryla Laurent

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