Ouvrages patrimoniaux numérisés dans le cadre du projet TALIE
Le 14/11/2018 à 16h57 par Corinne Helin
Résumé

Dans le cadre du projet TALIE ("Traditions de l’Antiquité à LIlle et dans l’Eurorégion"), NordNum accueille de nouvelles ressources du patrimoine régional en rapport avec l'Antiquité. TALIE est un projet-partenariat soutenu par la MESHS (Maison Européenne des Sciences de l'Homme et de la Société) et coordonné par Séverine Clément-Tarantino, chercheuse au laboratoire HALMA (Histoire, Archéologie et Littérature des Mondes Anciens - UMR 8164). Nous remercions Séverine Clément-Tarantino pour sa contribution à la deuxième partie de ce billet.

1. Présentation du programme TALIE

 

TALIE est un programme porté par Séverine Clément-Tarantino (Maître de conférences, Université de Lille, HALMA) en collaboration avec Charlotte Tournier (ATER, Université de Lille), qui a débuté en 2014-2015. Il est consacré aux traces de l’Antiquité dans le patrimoine des Hauts-de-France.
Ce programme s'est développé grâce au soutien financier d'HALMA, de l’Université de Lille et de la MESHS Lille Nord de France.

 

TALIE ("Traditions de l’Antiquité à LIlle et dans l’Eurorégion") comporte deux volets, l’un consacré aux textes et le second aux traces.

 

  • Le volet « TALIE-Textes » a pour objectif de faire connaître au plus grand nombre les richesses conservées dans les fonds anciens des bibliothèques de la région en textes antiques et ainsi de valoriser ces ouvrages du patrimoine régional :
       - d’une part, par la médiation culture, en les mettant en lumière sous formes d’expositions virtuelles et physiques (spécialement des traductions et des commentaires d’œuvres latines ou grecques antiques) ;
       -  d’autre part, par l’édition numérique de certaines de ces œuvres. La première œuvre étudiée est le commentaire en latin de Juan Luis de la Cerda de l’œuvre de Virgile (développé dans la deuxième partie de ce billet par Séverine Clément-Tarantino.

 

  • Le volet « TALIE-Traces » a pour objectif les traces de l’Antiquité gréco-romaine dans le paysage urbain de Lille et de sa région. Le but est de recenser toutes les traces de cette antiquité gréco-romaine dans le paysage urbain afin de créer une base de données les répertoriant qui soit interrogeable selon différentes entrées (lieu, thème,…).

 

Depuis 2017, un carnet de recherche Hypothèses est consacré au programme TALIE. Il se veut être à la fois un outil de dialogue au sein de la communauté scientifique et un outil de diffusion et de médiation. Il est disponible à l’adresse suivante : https://talie.hypotheses.org/a-propos/le-projet-talie

 

Pour plus de renseignements concernant ce programme, vous pouvez consulter le billet de Christophe Hugot consacré à ce programme sur le blog Insula : https://insula.univ-lille3.fr/2015/09/talie/

 

Le fonds TALIE de NordNnum comporte à ce jour trois œuvres :

  • P. Terentii Carthaginiensis Afri comoediae sex
  • L’Énéide de Virgile traduite en vers françois
  • P. Vigilii Maronis sex libri

 

Exemplaire de l'Énéide appartenant au fonds Agache, conservé dans la Réserve patrimoniale de la Bibliothèque Universitaire Sciences Humaines et Sociales, cote A-1143 (http://www.sudoc.fr/130668230 disponible en ligne)

 

Exemplaire de P. Terentii Carthaginiensis Afri comoediae sec conservé dans la Réserve patrimoniale de la Bibliothèque Universitaire Sciences Humaines et Sociales, cote 15.272 (http://www.sudoc.fr/100326277 disponible en ligne tome 1 et tome 2)

 

2. Présentation de l’ouvrage de Juan Luis de la Cerda consacré aux œuvres du poète Virgile (par Séverine Clément-Tarantino)

 

P. Virgilii Maronis priores sex libri Aeneidos argumentiis, explicationibus notis illustrati, auctore Joanne Ludovico de la Cerda Toledano Societatis Jesu, in curia Philippi Regis Hispaniae primario eloquentiae professore. Editio quae non ante lucem vidit cum indicibus necessariis, Lyon, Horace Cardon, 1612, Réserve patrimoniale, cote A-76 (http://www.sudoc.fr/098572849 disponible en ligne

 

 

Cet ouvrage, qui fait partie du fonds Agache, est un des trois volumes du commentaire monumental consacré aux œuvres du poète latin Virgile par Juan Luis de la Cerda, savant jésuite espagnol actif dans la première moitié du XVIIe s. Il s’agit ici d’une édition commentée des six premiers livres de l’Énéide. À proximité de Lille, les deux autres volumes se trouvent à la Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer (salle Aubin, cotes 2207-1 et 2207-2). Dans le cadre du projet TALIE, supporté par la MESHS de Lille, un de ces deux autres volumes (la deuxième partie du commentaire sur l’Énéide) a également pu être numérisé[1] ; le troisième (contenant le commentaire aux Bucoliques et Géorgiques, publié à Lyon en 1619) nécessite une restauration avant de pouvoir subir une numérisation.

 

 

Même s’il ne se trouve pas toujours, dans son intégralité, en un même lieu de conservation, l’ouvrage n’est pas rare. Nous avons souhaité le faire numériser parce que l’équipe du projet TALIE (Traditions de l’Antiquité à LIlle et dans l’Eurégion[2]) a, en 2015, entrepris une édition numérique hypertexte de ce commentaire, sur le modèle des éditions de commentaires anciens fournies par le programme lyonnais HyperDonat[3]. Mais le commentaire de La Cerda ne se présente pas sous la même forme que des commentaires antiques comme ceux d’Aelius Donat aux comédies de Térence, quoiqu’il en hérite de nombreux traits. Le commentaire de La Cerda se déploie à trois niveaux : sous chaque portion citée du texte latin, un argumentum résume le contenu des vers concernés ; une explicatio structurée en plusieurs points (ceux-ci sont signalés dans le texte latin par des lettres en fonction d’appels de note) présente, pour l’essentiel, une reformulation des idées contenues dans ces vers ; des notae, enfin, permettent au commentateur de traiter de manière approfondie des aspects éventuellement signalés dans l’explicatio, d’exposer des discussions savantes en citant des commentateurs antérieurs (des plus anciens aux humanistes), de motiver son propre avis ou jugement. Ces notes sont le vrai cœur de ce commentaire et elles sont le lieu où La Cerda donne le meilleur de lui-même – en tout cas à nos yeux de modernes et pour les lecteurs des auteurs anciens qui sont en particulier intéressés par les questions d’intertextualité. En effet, là où nous nous tournons désormais volontiers vers les ressources numériques pour compléter notre exploration des textes et des échos qu’ils contiennent à des textes antérieurs, La Cerda fait tout tout seul, et mentionne ou cite un nombre impressionnant de textes latins, grecs et de textes qui ne sont d’ailleurs pas tous antérieurs à Virgile. Le principal but déclaré de son commentaire est, en effet, d’enseigner la poésie et la poétique. Il s’agit de le faire de manière pratique, par l’exemple, en montrant ce que Virgile a pu créer en lisant et en imitant judicieusement ses prédécesseurs, mais surtout en montrant comment les auteurs venus après Virgile se sont habilement nourris, voire servis, de sa poésie pour forger leur style, enrichir leurs images, développer des lieux communs.

 

Auprès des antiquisants et plus spécialement des spécialistes de Virgile, le commentaire de La Cerda est redevenu, dans les dernières années, une référence incontournable, presque à la façon du commentaire ancien de Virgile le plus connu, celui de Servius : qui travaille sur la poésie de Virgile a intérêt à vérifier ce qu’en dit ce savant remarquable, parce qu’il offre souvent des interprétations (ou, s’agissant d’intertextes et d’imitations, des identifications) originales et dignes de considération ; il n’est pas rare non plus de le trouver à l’origine d’une interprétation qui a pu se transmettre ensuite sans son nom de manière à être considérée comme une trouvaille toute moderne… Rendre ce texte le plus accessible possible revêt ainsi une grande importance, sans compter qu’il pourrait intéresser d’autres spécialistes, hispanisants spécialistes des Jésuites et de leur enseignement, par exemple. L’édition entreprise dans le cadre du projet TALIE(-Textes) prévoit une traduction du texte – qui est dans un latin peu difficile, mais qui peut néanmoins constituer une barrière pour certains – et un environnement hypertexte qui, en particulier, rende toutes les références que La Cerda fait à d’autres textes aisément lisibles et consultables et tende à reconstituer sa bibliothèque, sinon physique, mentale. Nous espérons retrouver un jour assez de collaborateurs et de moyens techniques et financiers pour pouvoir pleinement développer ce projet qui a abouti, pour le moment, à la construction d’un prototype à partir du texte et du commentaire par La Cerda d’un passage-phare de Virgile, le début de la troisième Géorgique. Signalons enfin que la Réserve patrimoniale abrite également le commentaire de ce même savant aux œuvres de Tertullien (cote 1.260).

Mots clés : 
Partagez cet article
Commentaires

Seuls les utilisateurs identifiés peuvent laisser un commentaire.

Me connecter à mon compte

Billets proches
Le 11/04/2018 par Corinne Helin